Pendant plus de 75 ans, les paroissiens de Saint-Jérôme de Matane n’ont jamais pu assister à un office religieux dans une église véritablement terminée. Une saga de constructions ratées, de finances chroniquement insuffisantes et de curés découragés qui éclaire un pan méconnu de l’histoire religieuse de La Matanie.
C’est ce qu’a raconté l’historien Georgy Bouffard, le dimanche 13 septembre, à l’église Saint-Jérôme de Matane.
Une paroisse née loin du village
Tout commence en 1822, lorsque les prêtres décident de nommer la paroisse Saint-Jérôme, en hommage à l’abbé Jérôme Demers, professeur au Séminaire de Québec et proche de Louis-Joseph Papineau, à qui il avait enseigné. « La première chapelle à Matane remonte à 1822 », rappelle M. Bouffard. Le terrain, une bâtisse de 60 pieds, avait été cédé par les Fraser de Matane. Cette famille d’origine écossaise a possédé et administré la Seigneurie de Matane à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle. La famille était propriétaire d’un manoir aujourd’hui occupé par l’Auberge La Seigneurie.
« Ils étaient des presbytériens, souligne Georgy Bouffard. Alors, on voit un certain prestige pour les édifices religieux, même si ce n’était pas la même religion. » En contrepartie, ce don généreux a isolé l’église. Les gens vivaient surtout à Petit-Matane et, après la construction d’un pont en 1850, ils construisaient leur maison principalement autour des moulins. « En 1927, l’église était encore toute seule, soulève l’historien. C’était rare, au Québec. »
Une église qui n’aura tenu que 28 ans
La construction d’une première église de pierre s’échelonne de 1856 à 1858. « On manquait souvent de manœuvres, de matériaux et d’argent », relate le conférencier. Le curé Pierre Boucher l’inaugure finalement à la fin de 1858, « sans qu’elle soit tout à fait terminée ». Les décennies suivantes multiplient les malheurs : un mur fendu oblige à installer des barres de fer dès 1864, la foudre fracasse le clocher en 1870 et la toiture doit être refaite à répétition. « Ça a été une église qui a donné des surprises, des problèmes à tous les curés qui ont passé là », résume-t-il.
Mal bâtie et jamais décorée à l’intérieur, elle sera finalement démolie en 1886 et 1887, ses pierres servant à ériger les murs de l’église qui sera construite après.
Long parachèvement
Faute de moyens, le décor intérieur de la nouvelle église reste inachevé pendant des années. Vers 1896, le curé Narcisse Lévesque relance les travaux, mais sa mort soudaine en 1898 « a traumatisé des gens à l’époque » et retarde encore le projet, selon M. Bouffard.
C’est son successeur, le chanoine Antoine-Annibal Soucy, décrit comme « autoritaire », qui mène finalement l’agrandissement à terme en 1906, avant que la décoration intérieure ne soit complétée en 1908. « Ça faisait 75 ans et plus que les gens de Matane n’avaient jamais assisté à des offices religieux dans une église digne de ce nom », insiste Georgy Bouffard.
L’histoire ne s’arrête pas là : cette nouvelle église a, pendant un certain temps, abrité une toile attribuée au réputé peintre espagnol José de Ribera, avant que le curé Soucy ne la fasse décrocher pour en faire don à l’évêque de Rimouski, qui était séduit par l’œuvre.
Puis, en décembre 1932, un incendie éclate. Les paroissiens sortent alors en catastrophe tout ce qu’ils peuvent. Ces objets ont été distribués ici et là. Les confessionnaux se retrouvent aujourd’hui dans l’église Saint-René-de-Matane. L’actuelle église Saint-Jérôme a été construite en 1933 et 1934.
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