Passionné de vieilles inventions, Benoît Poulin conserve chez lui un trésor encore fonctionnel : un phonographe Fireside de 1906, signé Thomas A. Edison. Fabriqué à West Orange au New Jersey, l’appareil occupe une place de choix dans la collection d’antiquités du Matanais, une passion née alors qu’il n’avait que 12 ans.
« Le phonographe est l’une des quelques antiquités de bonne qualité que j’ai », confie d’entrée de jeu le collectionneur, qui est aussi bien connu dans l’Est-du-Québec comme cornemuseur qu’à Matane, où il joue différents instruments à vent au sein du groupe Matrame.
Des projecteurs, de vieilles radios et d’autres mécanismes d’un autre siècle s’accumulent dans sa maison. « J’aime toutes les machines qui ont d’anciens mécanismes, qui bougent et qui fonctionnent », indique le technicien en génie électrique du Cégep de Matane.
Modèle authentique
C’est il y a deux ans, dans un ancien magasin d’antiquités de Balmoral, au Nouveau-Brunswick, que Benoît Poulin a déniché son phonographe. Devant plusieurs modèles offerts, il a dû trancher. « Il fallait que je choisisse le bon », raconte-t-il.
L’authenticité prime dans sa démarche. « Il faut que les pièces soient d’origine. Par exemple, si on regarde le phonographe que j’ai choisi, la vis est plate. Ça prouve que c’est un original parce qu’au début du XXe siècle, on n’avait pas la technologie pour faire des vis carrées ou en étoile. »
Cire, cellulose et mécanique suisse
L’appareil fonctionne avec des cylindres, ancêtres du disque vinyle. Deux types ont coexisté au tournant du siècle : les cylindres de cire, dits « gold-moulded », qui durent deux minutes, mais qui se brisent facilement, ainsi que les cylindres de cellulose, surnommés les « indestructibles ».
Le mécanisme intérieur doit beaucoup à la précision helvétique. « Edison s’était inspiré de l’horlogerie suisse pour avoir une vitesse régulière, raconte Benoît Poulin. Il y a un régulateur de vitesse, qu’on appelle un gouverneur. »
Déclin face au gramophone
L’âge d’or du phonographe se situe entre 1890 et 1915. « Après, il y a eu un certain déclin », note le passionné de vieilles inventions. La concurrence du gramophone, inventé par Émile Berliner et fonctionnant avec des disques plats à deux côtés, a précipité sa chute. « Quand le gramophone de Berliner a pris de la popularité, ça a été le début de la fin du phonographe », confirme-t-il. Edison a cessé sa production de cylindres en 1929, tandis que des applications comme le dictaphone ont survécu jusqu’aux alentours de 1960.
Au-delà de l’histoire, ce qui fascine le collectionneur est de pouvoir voir le fonctionnement du mécanisme. « On est capable de comprendre en regardant, sans devoir interpréter. Aujourd’hui, on ne peut pas dire comment enregistre un téléphone cellulaire, à moins d’être un expert. Tandis qu’avec un phonographe, on le voit bien. On comprend tout le mécanisme. »
Une collection qui déborde
Les trésors de Benoît Poulin ne s’arrêtent pas là. Il possède deux gramophones, dont un ayant survécu au grand feu de Rimouski survenu le 6 mai 1950, ainsi que des projecteurs à film 16 mm et de vieilles radios à ondes courtes, dont une Marconi. Il a même mis la main sur la mallette ayant appartenu à Jean Drapeau, récupérée après un attentat contre sa résidence en 1969, alors qu’il était maire de Montréal.
Jalousement conservées par ce passionné qui ne cesse jamais de s’émerveiller devant de vieux objets qui témoignent d’une autre époque, toutes ces pièces de collection racontent un pan de l’histoire d’ici et d’ailleurs.
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