Jusqu’au 31 octobre, Espaces F de Matane présente La voix des glaces, une installation photo, audio et interactive signée Joan Sullivan et Robin Servant.
Suspendus comme en apesanteur, neuf prismes triangulaires portent chacun des photographies du littoral bas-laurentien hivernal, transformées en lignes, en textures et en couleurs abstraites. Sur chaque image est embossée une inscription en braille tirée du dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), diffusée par des haut-parleurs en français, en anglais et en mi’kmaq. Toucher ces textes fait basculer la voix scientifique vers une trame sonore captée sur le fleuve Saint-Laurent, au large de Rimouski.
Sortir du figuratif
Photographe depuis plus de 20 ans, Joan Sullivan a délibérément renoncé à l’image nette et représentative. « J’ai fait de la photo documentaire représentative pendant une trentaine d’années, en faisant beaucoup d’efforts pour que ce soit net et parfait, explique-t-elle. Pendant la COVID, je me suis interrogée sur tout mon parcours jusqu’à ce moment-là et je ne voulais plus me concentrer sur la création de quelque chose de parfait. »
Pour elle, l’intellect ne suffit plus à mobiliser. « Les êtres humains sont capables d’intellectualiser des faits, mais ce n’est pas ce qui nous fait réagir », observe-t-elle.
Une œuvre à trois sens
Ancienne scientifique et consultante en santé publique, la résidente de Saint-Valérien revendique une réinterprétation sensorielle des données climatiques. « Comme artiste en art visuel, je veux quasiment minimiser le côté visuel et inviter le public à explorer le sens du toucher », dit-elle, rappelant qu’« avec les yeux, on voit la glace disparaître, on voit les feux de forêt, mais rien ne change. »
L’idée de sculptures photographiques triangulaires est née d’une conversation avec Nathalie Dion, qui a travaillé au Centre d’artistes Caravansérail et au Musée de Rimouski. « Elle m’a demandé pourquoi ces sculptures ne pourraient pas représenter des icebergs, rappelle la photographe. La solution s’est présentée grâce à cette amitié. »
La fragilité des paysages sonores
Musicien et concepteur sonore installé au Bic, Robin Servant documente les paysages sonores du Bas-Saint-Laurent depuis plusieurs années. Pour lui, l’enjeu de la fragilité des écosystèmes dépasse l’esthétique.
« Si on écoute plus notre environnement, on va avoir plus d’empathie et plus d’empathie va nous faire prendre de meilleures décisions collectives », estime-t-il.
Voix collective, gestes individuels
Le choix du français, de l’anglais et du mi’kmaq remonte à la première présentation de l’œuvre au Centre d’artistes Vaste et Vague de Carleton-sur-Mer. « On voulait avoir les langues des gens qui vivent sur ce territoire, explique M. Servant. Peu importe notre histoire, notre langue, nos provenances, notre âge, notre genre, on est ensemble là-dedans. »
Par ailleurs, le concepteur sonore voit dans l’installation La voix des glaces un basculement du collectif vers l’individuel.
Réalisée avec la collaboration de l’Association des personnes handicapées visuelles du Bas-Saint-Laurent, La voix des glaces se veut accessible à tous les publics, y compris aux personnes en fauteuil roulant. Ils sont accueillis dans une salle d’Espaces F « avec les murs noirs et les rideaux qui font sortir l’œuvre au centre de la salle », selon Joan Sullivan. « Tout est suspendu. C’est magique! »
Horizon
Horizon, des contenus marketing présentés par et pour nos annonceurs.