La Librairie L’Encre noire de Sainte-Anne-des-Monts a reçu Guy Bouthillier, le mercredi 26 août, pour son dernier événement littéraire estival. L’ancien président de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal a présenté son plus récent ouvrage, Pierre Elliott Trudeau, le bagarreur : ses relations tumultueuses avec le Québec, une plongée dans les jeunes années de celui qui allait dominer les rapports entre le Canada et le Québec.
Né à Montréal, formé chez les jésuites, puis en droit à l’Université McGill avant d’aller étudier les sciences politiques pendant cinq ans à Paris sous de Gaulle, l’auteur a consacré sa vie à la cause indépendantiste, notamment à la tête du Mouvement Québec français de 1985 à 1993 et de la Société Saint-Jean-Baptiste de 1997 à 2003.
Pour ce livre consacré à « un adversaire politique », il s’est plongé dans les écrits laissés par Trudeau, dont ses journaux personnels. « J’ai appelé ça son cheminement politique », a-t-il expliqué, précisant vouloir « voir d’où il vient en politique et jusqu’où il nous a menés ».
Écartelé entre deux langues
Selon M. Bouthillier, la question identitaire hante Trudeau dès le Collège Jean-de-Brébeuf, à Montréal, où il se demandait déjà : « Suis-je Canadien-Français ou suis-je Anglo? » Élevé dans un foyer où l’anglais dominait, malgré les origines canadiennes-françaises de son père, le jeune Trudeau y aurait puisé, selon l’auteur, le goût du combat politique.
« C’est en parlant anglais qu’il est combattant, qu’il monte vers les sommets », a soutenu le conférencier, rappelant le fameux « Just watch me » lancé en pleine Crise d’octobre, lors d’une entrevue accordée au journaliste Louis Martin. Il cite aussi une confidence troublante faite à son épouse Margaret après la mort de Pierre Laporte, où il affirme que, si elle ou leurs enfants avaient été enlevés, il aurait agi de la même façon et les aurait laissés mourir.
Du jeune indépendantiste au « maître » du Canada
L’auteur a révélé le passage méconnu de Trudeau au sein des Frères chasseurs, une société secrète indépendantiste qu’il aurait contribué à fonder dans sa jeunesse. « On voit encore ses racines canadiennes-françaises », a noté GuyBouthillier. L’échec de ce combat, dit-il, l’aurait poussé vers l’Université Harvard, ensuite à Londres, puis à Ottawa.
Il a cité un extrait glaçant du journal intime de Trudeau, rédigé à l’âge de 18 ans à peine, où il se voit devenir « le maître » à qui tous viendraient un jour se soumettre. Il n’a pas non plus épargné les mots durs que Trudeau a utilisés dans Cité libre envers les Québécois, qualifiés tour à tour de « scrupuleux », de « crétins » et, plus tard, de « nation intellectuellement attardée ».
Rivalité avec René Lévesque
Interrogé sur les rapports entre Pierre Elliott Trudeau et René Lévesque, M. Bouthillier a évoqué des débuts cordiaux, ternis ensuite par la soif de premier rôle du futur premier ministre du Canada. « Ce qui l’a énervé chez Lévesque, c’est qu’il était plus connu que lui », a-t-il avancé, rappelant que des réunions secrètes entre intellectuels de centre gauche, où siégeait Lévesque, avaient tourné court.
Le portrait de Trudeau dressé par Guy Bouthillier dépeint un homme vitriolique, habité très tôt par la certitude de son destin, par un rapport ambivalent découlant de la dualité de ses origines et par un très gros ego.
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