Il y a 20 ans, l’épave du BF était enfin localisée au large de Baie-des-Sables, mettant fin à 54 années de recherches infructueuses. Le navire des frères Bernier des Méchins avait sombré dans la nuit du 14 mai 1952, emportant dans la mort ses 10 membres d’équipage. Louis Blanchette, auteur d’un livre sur le sujet publié en 2014 et intitulé Disparus en mer, revient sur ce drame et sur le long silence qui l’a entouré.
C’est un navire du Service hydrographique du Canada, en mission scientifique pour le ministère des Ressources naturelles, qui a fait la découverte de l’épave le 28 mai 2006. « On a profité du passage du navire dans cette zone pour alerter les responsables afin d’être attentifs à un éventuel repérage », explique M. Blanchette. La confirmation officielle n’est venue qu’en septembre 2007, grâce à une caméra téléguidée. « On voyait une image vidéo et des photos ; c’était vraiment le navire », raconte celui qui a fait beaucoup de recherche sur ce naufrage.
Un demi-siècle d’obstacles
Pourquoi a-t-il fallu 54 ans pour retrouver l’épave ? Dès l’été 1952, une mission gouvernementale avait tenté de la localiser, mais « ces résultats de recherche ont été gardés secrets », affirme l’auteur. « Même les familles ne pouvaient pas le savoir. » Le capitaine Adrien Dubé, le père de l’ex-ministre Christian Dubé, avait offert sa collaboration, mais il aurait aussi été empêché d’agir. « Il y avait un interdit », ajoute-t-il.
Ce n’est qu’en 1992, après que Louis Blanchette a publié le livre La tradition maritime de Matane, que le dossier a resurgi, grâce notamment à un document d’échosondeur rendu lisible par Donald Tremblay, expert en navigation et figure clé de la préservation du patrimoine maritime.
Une omertà liée à l’ancien propriétaire
Selon Louis Blanchette, le silence qui a entouré ce naufrage serait lié à l’ancien propriétaire du navire, alors nommé Roseleaf et acheté par les Bernier en 1951. Le caboteur appartenait à Marine Industrie de Sorel, dirigée par les frères Simard, « des gens qui avaient un pouvoir immense sous les plans économique, financier et politique ».
Construit en 1915, le navire « aurait été vendu sous de fausses représentations », estime l’auteur, qui évoque des radoubs insuffisants. Même les démarches du député fédéral de Gaspé-Nord de l’époque, Léopold Langlois, n’avaient pas permis de faire toute la lumière.
Le soulagement des familles
La découverte en 2006 a représenté un immense soulagement pour les proches des disparus. « C’était incroyable, se souvient Louis Blanchette. C’était une forme de libération. Ils voulaient tout savoir, ils voulaient enfin connaître tout ce dont ils avaient entendu parler. »
Une cérémonie d’hommage a eu lieu avec les membres de la famille Bernier en septembre 2007 et, un peu plus tard, la famille de Normand Beaudoin de Cap-Chat, l’une des 10 victimes du naufrage, a organisé sa propre expédition au-dessus de l’épave.
Une histoire toujours vivante
L’épave a, depuis, été explorée par l’équipe des Plongeurs d’épaves techniques du Québec et un mémorial a été érigé en 2019 dans le parc municipal de Baie-des-Sables. L’histoire a aussi inspiré une bande dessinée, La malédiction des Bernier.
Vingt ans après la découverte de l’épave, Louis Blanchette porte un regard optimiste sur ce chapitre et sur son vaste travail de recherche entourant cette tragédie. « Les résultats sont très positifs parce que j’ai sorti de l’information nouvelle et différente de ce que les familles savaient. »
Une leçon demeure, selon lui. « Notre lien avec la mer doit en être un de précaution. Toujours. »
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