Accès limité aux eaux publiques

Par Jean-Philippe Thibault 8:58 AM - 24 août 2026
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Provincialement, moins de 2 % des rives sont accessibles. En Gaspésie, le taux tombe à 1,5 %. Photo Félix Côté

En Gaspésie, vaste territoire forestier entrecoupé de lacs et ceinturé par le Saint-Laurent, il serait permis de croire que l’accès aux eaux publiques est simple et répandu.

Étrangement, la région ne fait pas meilleure figure qu’ailleurs au Québec. Provincialement, moins de 2 % des rives sont accessibles, selon un rapport publié en juin intitulé L’accès aux eaux publiques du Québec.

C’est le constat auquel sont arrivés les chercheurs Sébastien Rioux et Rodolphe Gonzalès après l’analyse de 48 000 km de rives, dont plus de 3315 km en Gaspésie, soit la quatrième région en possédant le plus.

« On calcule qu’environ 50 km sont réellement accessibles. C’est 1,5 % en Gaspésie ou 47 cm de rives accessibles par personne », illustre Sébastien Rioux en entrevue au Pharillon.

« Quand on regarde la partie publique et accessible, on est en dessous de la grande moyenne québécoise. La raison, c’est que les aménagements pour le territoire non loti ou public ne sont pas très développés », précise le professeur au département de géographie de l’Université de Montréal.

À noter que les auteurs de cet état des lieux n’ont étudié que les plans d’eau d’au moins 5 hectares situés à moins de 200 mètres du réseau routier et contenant au moins un lot cadastral.

« Il y a environ 40 % des rives qui sont privées, alors on pourrait penser que l’accès est très facile, poursuit Sébastien Rioux. Mais on va plus loin dans notre analyse en se demandant si la partie publique est réellement accessible. »

Photo courtoisie

De l’espoir

Tout n’est pas noir cependant. La Gaspésie (incluant les Îles-de-la-Madeleine) arrive au deuxième rang des régions pour l’accès effectif par habitant, tout juste derrière la Côte-Nord.

« Là où la Gaspésie se démarque, c’est qu’il y a un énorme potentiel pour faire mieux », précise Sébastien Rioux.

Le cinquième des rives (20 %) appartient au provincial, alors que le tiers (33 %) est tout simplement non loti. « Ça n’a tout simplement pas été concédé de façon formelle. La Gaspésie ne fait donc pas une bonne impression dans le rapport – aucune ne le fait d’ailleurs – mais le plus intéressant, c’est de montrer que la région à un énorme potentiel d’accès; c’est plus réalisable qu’ailleurs. »

Ce n’est pas le cas ailleurs, comme en Outaouais, en Montérégie ou dans les Laurentides, où le taux de privatisation autour des accès à l’eau est très élevé. « Pour eux, le désenclavement demanderait de reprendre des droits au privé, ce qui serait compliqué », note le chercheur.

Rappelons qu’il est interdit d’empiéter sur le domaine privé pour rejoindre les eaux publiques. Seul le territoire public riverain permet d’avoir légalement accès à l’eau. Sauf que, pour les lacs, par exemple, 40 % d’entre eux sont entièrement enclavés au Québec, c’est-à-dire que des propriétaires terriens détiennent 100 % des terrains aux alentours.

Une priorité ?

Le problème n’est pas nouveau. Déjà, en 1964, le rapport du Comité d’étude sur les loisirs, l’éducation physique et les sports souligne le peu de mise en valeur des ressources naturelles pour l’usage récréatif. Tout en recommandant au gouvernement d’investir massivement le champ du loisir, le Comité reconnaît la pauvreté des accès publics à la nature, notamment en ce qui a trait aux rives des lacs, des rivières et du fleuve, écrit noir sur blanc Sébastien Rioux dans son rapport.

« Aucun gouvernement n’a fait quoi que ce soit pour renverser le problème, qui est d’une ampleur démesurée, ajoute-t-il. Si on avait agi il y a 60 ans, on n’en serait pas là aujourd’hui. Il y a un mythe des grands espaces et de l’accès facile à la nature, mais on voit que ce n’est pas le cas. C’est tout un casse-tête. C’est une ressource collective qui est en train d’être privatisée à bien des égards, puisque, dans bien des cas, elle est inaccessible. C’est un peu vexant. »

« J’ose croire que ça va être possible de faire mieux. La première chose sera de faire un moratoire pour préserver le peu qui reste. Je pense que ça prend une politique publique au niveau national avec potentiellement des seuils », conclut-il.

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