Ni à vendre, ni à approuver, ni à voler

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Par Emy-Jane Déry , Johanne Fournier jfournier@publicationsgaspesiennes.com 5:11 PM - 6 juillet 2026
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Le travail journalistique n'est ni à vendre, ni à approuver et encore moins à voler. Photo Johanne Fournier

On me l’a encore demandé la semaine dernière : « Combien ça coûte pour publier un article? » Bien qu’elle ne partait d’une mauvaise intention, la question m’a rappelé à quel point le métier de journaliste demeure méconnu. Alors, permettez-moi, le temps d’une chronique, de lever le voile sur le quotidien des journalistes.

Un article journalistique ne s’achète pas. Jamais. Ce qui s’achète, c’est de la publicité et elle est clairement identifiée comme telle dans nos pages. La distinction n’est pas un caprice : elle est le fondement même de notre crédibilité. Le jour où l’information se vend au plus offrant, elle cesse d’être de l’information pour devenir de la réclame déguisée.

Notre travail est guidé par une déontologie rigoureuse, celle-là même qui nous impose la rigueur, l’équité, l’indépendance et la recherche de l’objectivité. Nous ne sommes pas parfaits, mais nous sommes redevables : devant nos lecteurs, devant le Conseil de presse du Québec, devant la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, devant nos pairs.

Pas de permission à demander

Cette déontologie explique aussi une autre incompréhension fréquente : un journaliste ne fait pas approuver son article par les personnes interviewées avant publication. Combien de fois m’a-t-on demandé : « Tu vas me l’envoyer avant que ça sorte, hein? » La réponse est non et ce n’est pas par arrogance.

Si chaque source avait le loisir de réécrire, d’adoucir ou de censurer ce qui la concerne, l’article ne refléterait plus la réalité, mais la version que chacun souhaite donner de lui-même. Imaginez aussi le temps que cela prendrait. Est-il nécessaire de rappeler que nous avons déjà des délais très courts pour faire notre travail?

La responsabilité éditoriale nous appartient. C’est une question de liberté de presse, cette valeur fondamentale sans laquelle une démocratie comme la nôtre ne serait qu’une coquille vide. Une presse qui demande la permission n’est plus digne de porter son nom : elle devient un service de communication.

Le don d’ubiquité n’existe pas

Autre réalité de notre quotidien : nous ne pouvons pas être partout. Chaque semaine, les invitations s’accumulent : soupers-bénéfice, assemblées générales, lancements, collectes de fonds. Tous ces organismes à but non lucratif font un travail admirable et nous comprenons leur déception quand nous déclinons leurs invitations.

Mais, les salles de rédaction ont fondu comme neige au soleil. Là où nous étions dix, nous sommes parfois deux. Il faut choisir, hiérarchiser, juger de l’intérêt public. Refuser une couverture n’est pas un jugement sur la valeur d’une cause : c’est l’arithmétique impitoyable d’un métier qui manque de bras et sur l’espace disponible dans le journal papier. Couvrir un événement, ce n’est pas seulement s’y présenter : c’est préparer, interviewer, vérifier, parfois recouper, écrire, réviser. Avec le déplacement, certains reportages peuvent exiger une journée de travail.

Confusion des genres

Cette méconnaissance s’aggrave d’une confusion des genres. À l’ère des réseaux sociaux, tout le monde publie. Donc, plusieurs se croient journalistes. Pourtant, il y a un monde entre un journaliste, un blogueur, un influenceur et un info-influenceur.

Le blogueur partage ses opinions et ses passions, ce qui est légitime. Mais, il n’est tenu à aucune règle déontologique. L’influenceur, lui, vit de ce qui nous est interdit : la promotion avec rémunération. L’info-influenceur, qui est une espèce hybride, commente l’actualité avec les codes du divertissement. Certains d’entre eux peuvent faire des vérifications, des recoupements, une recherche préalable, mais d’autres pas. Le journaliste, lui, vérifie ses sources, confronte les versions, nomme les faits et signe son travail en assumant ses erreurs lorsqu’il en commet.

Du partage? Non, du vol

Il y a pire encore : ces pages de réseaux sociaux qui plagient nos articles, qui subtilisent nos photos, qui republient le fruit de nos heures de travail sans citer la source, sans créditer l’auteur du texte ni le photographe. Ce n’est pas du partage d’information : c’est du vol! Du vol qui méprise le travail de ceux qui font le métier dans les règles et qui œuvrent souvent pour des médias dont les revenus sont fragiles.

La prochaine fois que vous lirez un article fouillé, rappelez-vous qu’il y a un être humain derrière. Celui-ci a fait des appels, posé des questions parfois dérangeantes et vérifié chaque fait. Ça ne coûte rien à publier, mais ça vaut cher pour notre démocratie.

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