À Matane, le peintre Philippe Giroux mène un projet qui occupe une bonne partie de sa vie créative : une immense murale sur le grand mur jaune préparé à cet effet sur l’une des façades du commerce Le Vivier, en plein cœur du centre-ville.
L’idée n’est pas née d’hier. « Depuis deux ans, je travaille sur un concept pour une murale, qu’on va proposer pour le budget participatif de la Ville de Matane », explique l’artiste. L’œuvre devrait faire 22 pieds de hauteur sur environ 40 pieds de largeur. Le projet, espère-t-il, pourrait se concrétiser l’été prochain.
Ce travail a un prix créatif. « J’ai beaucoup travaillé là-dessus et c’est peut-être pour ça que j’ai fait moins de toiles, pense Philippe Giroux. Cette année, j’ai seulement deux toiles de faites. » Il l’admet sans détour. « Le projet de murale m’empêche un peu de faire ce que je fais normalement et de continuer à évoluer sur la scène artistique. Ça me dérange un peu, mais c’est un beau projet. »
Paysage imaginé à partir de lieux réels
La murale puisera dans la documentation que l’artiste accumule depuis des années lors de ses sorties de pêche. Le résultat sera un paysage composite. « J’ai créé un lieu qui est tantôt inspiré par la chute à Ti-Mé, tantôt par la chute à Simoneau, tantôt par un ruisseau à Petit-Matane, tantôt par la rivière Tartigou. » Selon ses mots, le tout formera « un immense paysage de nature, de rivières, de cours d’eau et de chutes, en plein cœur du centre-ville », avec, en arrière-plan, le barrage Mathieu-D’Amours et la fameuse fosse à saumon numéro 1. Ce lieu, il l’a déjà immortalisé dans une toile intitulée La fosse du peintre, où il avait retiré tous les bâtiments pour imaginer le paysage « comme en 1200 ».
Le travail de financement et de promotion se fait en duo avec Marie Fortin, propriétaire du Vivier. « C’est ce qui a beaucoup occupé ma tête et mon temps depuis 2025 et 2026 », précise l’artiste-peintre, rappelant que des demandes de subventions infructueuses avaient été faites dès 2024, faute de maquette à l’époque. Le vote populaire du budget participatif se tiendra du 31 août au 15 septembre.
Distinctions internationales
Si les toiles se sont faites plus rares au cours des deux dernières années, leur qualité hyperréaliste continue d’être reconnue. Sa toile Pour une dernière fois lui a valu une médaille d’or du Mondial Art Academia, une association française qui organise le Prix international des professionnels de l’art. C’est sa quatrième médaille d’or à ce concours, en plus d’une d’argent et d’une de bronze.
Il a aussi obtenu deux mentions honorifiques au concours Teravarna de Los Angeles.
Le rêve d’un atelier-galerie
Derrière la murale et les concours, un autre projet habite l’artiste depuis longtemps. « J’aimerais avoir mon atelier-galerie », confie-t-il, esquissant le portrait du lieu idéal. « J’ai longtemps rêvé d’être sur la route 132, d’avoir une belle maison avec une galerie dedans, une murale de chaque bord et un grand espace de stationnement. » Un rêve qu’il formule avec une pointe d’autodérision. « On a tous des rêves », lance-t-il.
Son rêve rejoint une frustration bien réelle. Faute d’espace, plusieurs toiles de grand format attendent encore d’être peintes. Comme il le résume, « des fois, la valeur de l’art n’est pas comprise », mais sa détermination reste intacte : « J’ai l’impression qu’il faut que je continue. »
En attendant, il explore une nouvelle voie expérimentale : « de la peinture sans pinceau, sans canevas ». Serait-ce de la sculpture? Pour l’instant, c’est un secret bien gardé.
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