Trois générations sous un même toit

Par Johanne Fournier , Johanne Fournier jfournier@publicationsgaspesiennes.com 5:23 PM - 10 juin 2026
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La Semaine québécoise intergénérationnelle se tient du 17 au 23 mai. Photo tirée de la page Facebook d'Intergénérations Québec

J’ai grandi à Sainte-Anne-des-Monts dans une résidence dont les occupants représentaient trois générations : mes grands-parents paternels, mes parents et nous, les enfants. Mes trois sœurs, mon frère et moi étions la quatrième génération à vivre dans cette maison ancestrale construite en 1892. Aujourd’hui, on appelle ça une habitation intergénérationnelle. Mais, quand j’étais enfant et adolescente, personne ne donnait de nom à ce type de domicile. On vivait simplement ensemble, comme si cela allait de soi.

Avec le recul, je mesure le privilège que j’ai eu. Mes grands-parents, nés respectivement en 1885 et en 1890, avaient été témoins d’un monde que je n’aurais jamais pu imaginer seule : l’arrivée de l’électricité, les premières automobiles, deux guerres mondiales, la radio, le téléphone. Ils portaient en eux une mémoire vivante que les livres d’histoire ne peuvent pas restituer. À l’époque, je n’étais pas consciente de cette chance. Je ne savais pas encore que ces échanges quotidiens, ces repas partagés, ces histoires racontées lors des rassemblements du temps des Fêtes, feraient de moi la personne que je suis aujourd’hui.

Ce que les anciens nous transmettent sans le savoir

Il y a quelque chose d’irremplaçable dans le contact quotidien avec des gens d’une autre époque. Ce n’est pas seulement une question de sagesse ou de conseils. C’est une façon d’habiter le temps différemment, de comprendre que ce que nous vivons s’inscrit dans une continuité, que rien ne commence vraiment avec nous et que rien ne finira avec nous non plus. Mes grands-parents ne m’ont pas enseigné cela avec des mots. Ils me l’ont enseigné par leur simple présence aimante, par leur manière d’être, calme et ancrée.

Les jeunes qui grandissent aujourd’hui sans ce contact risquent, à mon humble avis, de manquer quelque chose d’essentiel. Non pas parce qu’ils sont moins capables, mais parce qu’on ne leur en donne pas toujours l’occasion. Les familles ont rapetissé. Les générations se sont éloignées géographiquement et souvent culturellement. Entre les aînés dans les résidences et les jeunes devant leurs écrans, un fossé discret s’est creusé.

L’âgisme, ce préjugé que l’on banalise

Ce fossé a un nom quand il se transforme en mépris : l’âgisme. C’est la blague facile sur les « boomers » dépassés, autant que le regard condescendant posé sur les jeunes jugés incapables de décrocher de leur téléphone. L’âgisme est particulièrement sournois parce qu’il passe souvent pour de l’humour. Pourtant, il érode la confiance entre les générations et empêche les rencontres véritables.

Lutter contre l’âgisme, ce n’est pas uniquement une question de politesse ou de bienséance. C’est reconnaître que chaque génération a quelque chose à offrir à l’autre et que cette réciprocité est ce qui fait tenir une société ensemble. J’en suis le témoin personnel : sans mes grands-parents, j’imagine que je n’aurais pas eu accès à cette profondeur de regard sur le monde. Et eux, j’ose le croire, ont trouvé dans notre jeunesse bruyante une raison de rester curieux et vivants.

La Semaine québécoise intergénérationnelle

C’est précisément ce travail de rapprochement que valorise la Semaine québécoise intergénérationnelle, qui est de retour du 17 au 23 mai. Instaurée en 1987, cette initiative annuelle portée par Intergénérations Québec invite la population, les organisations et les médias à renforcer la solidarité entre les âges. En mai 2022, l’Assemblée nationale a officiellement reconnu la troisième semaine de mai comme lui étant consacrée, une reconnaissance qui témoigne de l’importance grandissante de cet enjeu.

Pour la quatrième année consécutive, la comédienne Anna-Beaupré Moulounda en est la porte-parole. L’objectif demeure le même depuis près de quarante ans : bâtir une société plus ouverte, inclusive et solidaire, une rencontre à la fois. C’est à l’image de la maison de mon enfance en Haute-Gaspésie, mais à l’échelle du Québec tout entier.

Bonne Semaine québécoise intergénérationnelle!

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