Procès de Claude Doiron : la plaignante livre un récit troublant
Claude Doiron fait face à trois chefs d’accusation à caractère sexuel. Photo Johanne Fournier
La deuxième journée du procès de l’ancien porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ) pour l’Est-du-Québec, Claude Doiron, s’est déroulée le mardi 9 juin au palais de justice de Percé. Soumise au contre-interrogatoire de la défense, la présumée victime est revenue sur des événements qui, selon elle, ont profondément marqué la fillette de 12 ans qu’elle était à l’été 1988.
Âgé de 63 ans, l’accusé répond à trois chefs d’accusation : agression sexuelle, contacts sexuels et incitation à des contacts sexuels. Il a enregistré un plaidoyer de non-culpabilité. Les gestes qui lui sont reprochés seraient survenus à Cloridorme, à une époque où il n’avait pas encore intégré les rangs policiers. L’homme est originaire de Murdochville.
Un souvenir impossible à effacer
D’après le récit de la plaignante, qui est maintenant dans la cinquantaine, tout se serait passé en une seule journée, durant les vacances scolaires de 1988, peu après la fin de sa 6e année du primaire. Claude Doiron, alors âgé de 25 ans, l’aurait d’abord embrassée, puis aurait insisté pour la faire monter à bord d’une voiture rouge.
C’est pendant ce trajet que la situation aurait dérapé. « Il a mis sa main sur mes seins, sous mon chandail, a témoigné la femme en contre-interrogatoire. Puis, il s’est masturbé à côté de moi, après avoir “dézipé” son pantalon. Il s’est ensuite tourné vers moi pour me tripoter les seins et m’embrasser. Quand il s’est masturbé, je n’ai pas voulu regarder ; j’étais envahie par la peur. »
« Je n’avais jamais vu un pénis et j’avais peur, a-t-elle poursuivi, en rappelant qu’elle n’avait que 12 ans. Je ne voulais pas regarder. C’est quelque chose que je ne peux pas oublier. »
La témoin a également évoqué l’intérêt de l’accusé pour l’hypnose. « Claude aimait hypnotiser des personnes. Il hypnotisait ma sœur. Ça m’a marquée parce qu’elle finissait par avoir les mains bleues. Ça m’impressionnait de voir la facilité avec laquelle il pouvait faire tout ce qu’il voulait avec ma sœur : la faire pleurer, la faire grelotter. »
Des souvenirs qui remontent à 38 ans
Me Jean-François Boucher, qui représente Claude Doiron, a questionné la plaignante sur les vêtements qu’elle portait au moment des faits allégués. « Portiez-vous une robe ou une jupe ? Aviez-vous une brassière ? », lui a-t-il demandé. Elle a précisé qu’elle était vêtue d’un pantalon et d’un chandail, sous lequel elle portait un soutien-gorge.
Quand l’avocat de la défense l’a invitée à décrire ce qu’elle ressentait au moment des événements, le procureur de la Direction des poursuites criminelles et pénales, Me Louis-Philippe Desjardins, s’est levé pour rappeler au tribunal que 38 ans s’étaient écoulés depuis et qu’il pourrait être ardu pour la plaignante de se remémorer avec exactitude ses émotions de l’époque.
« Il était séducteur et gentil avec moi, a néanmoins répondu la femme. Mais, mon cerveau a subi un choc émotionnel. Pour moi, ce qui est arrivé, c’était des couples qui vivaient ça. Je me suis demandé si c’était des sentiments amoureux, probablement pour adoucir ce que j’ai vécu et alléger la douleur de la petite fille de 12 ans que j’étais. »
Des clichés au cœur d’un litige
La défense a présenté trois photographies à la plaignante en lui demandant d’identifier les personnes. Elle s’y est reconnue et a nommé ceux qui l’entouraient. Elle a témoigné avec aplomb que ces images datent de l’été 1989 et ont été prises dans une autre région du Québec, où elle avait séjourné quelques semaines pendant le congé scolaire.
Des annotations manuscrites au dos des clichés situaient toutefois qu’ils avaient été croqués à l’été 1988, une affirmation que la femme a fermement rejetée. Disant ne pas reconnaître cette écriture, elle a soutenu que ces inscriptions n’avaient aucune valeur probante. Elle a expliqué que sa certitude quant à l’année où ces clichés avaient été pris repose sur sa photo de carte d’identité scolaire, captée dans les semaines suivant ce séjour. « J’avais pris du poids parce que j’avais mangé beaucoup de poutines cet été-là », a-t-elle fait valoir.
Toujours en réponse aux questions de la défense, la plaignante a raconté, visiblement émue, qu’au début des années 2000, son conjoint a perdu la vie dans un accident. Dans les semaines qui ont suivi, elle a découvert qu’un proche ami de son conjoint, l’une des dernières personnes à avoir passé la soirée avec lui, était aussi ami avec Claude Doiron. Cet homme lui a confié que M. Doiron souhaitait reprendre contact avec elle. Elle a fini par accepter et tous deux ont échangé des messages textes durant quelques mois.
Un visage connu de la SQ
C’est en juin 2023 que le sergent Doiron a été arrêté, à peine quelques jours avant de prendre sa retraite. La nouvelle avait alors provoqué une véritable commotion. La SQ l’avait suspendu à demi-solde et, aujourd’hui, il n’entretient plus aucun lien d’emploi avec le corps policier.
Pendant une dizaine d’années, jusqu’à son arrestation, Claude Doiron a été le visage de la SQ dans l’Est-du-Québec. C’est lui qui s’adressait aux médias lors d’événements d’envergure, dont l’alerte AMBER de Sainte-Paule en 2021 et l’attaque au camion-bélier survenue à Amqui en 2023.
Deux semaines d’audiences
La défense a annoncé qu’elle comptait faire entendre plusieurs témoins. Le procès, qui doit s’étirer sur deux semaines, se tient devant juge seul. C’est le juge Pierre Lortie, de la Cour du Québec, qui préside les audiences. Le magistrat a indiqué qu’il prévoyait rendre sa décision en octobre.
Les procédures se poursuivront le mercredi 10 juin avec la suite de la présentation de la preuve.
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